Le E-learning, fer de lance de la neuropédagogie ?

Publié le 27 septembre 2021

Des points à prendre en compte lorsque l’on souhaite faire évoluer les performances de ses apprenants.

Le marché actuel impose une quête incessante de la productivité et de la performance intellectuelle. De multiples astuces pour muscler sa matière grise font florès dans le monde du travail et de l’éducation. Mieux s’organiser, mieux s’adapter, mieux décider, mieux comprendre son équipe… Des points essentiels à prendre en compte lorsque l’on souhaite faire évoluer les performances de ses apprenants. Le e-learning, en s’inspirant des travaux en neuropédagogie, propose des outils visant à améliorer ces différents points.


Outre le fait qu’une bonne hygiène de vie est un terrain essentiel pour développer ses capacités cognitives, il existe une pléthore de méthodes pour gérer son temps de travail, organiser ses idées, se documenter, faire face au stress, organiser son temps, se concentrer sur une tâche, visualiser mentalement. Loin de pouvoir se reposer sur des acquis, il est impératif de continuer à entraîner son cerveau tout au long de sa vie pour être performant à la fois dans la vie personnelle et professionnelle.

La neuroscience comme laboratoire de l’éducation

Le développement des sciences cognitives, notamment l’imagerie cérébrale, permet de mieux connaître les fonctionnements du cerveau. Depuis une vingtaine d’années, les neurosciences ont connu un essor considérable. C’est ainsi que l’on a vu émerger de nouveaux vocables, comme ceux de « neuroéducation », « neurodidactique » ou « neuropédagogie ». C’est le psychologue et professeur en laboratoire de psychologie du développement du CNRS Olivier Houdé, qui introduit le concept de neuropédagogie en France et qui le définit comme étant :

une véritable science de l’apprentissage qui a pour ambition de mieux comprendre ce qui se joue dans le cerveau, et d’améliorer ainsi les méthodes d’apprentissage

Ses recherches trouvent leur origine dans les neurosciences et dialoguent avec la psychologie cognitive, comportementale, sociale et linguistique, afin de mettre en place des dispositifs efficaces d’apprentissages. Mais quelle est la place du numérique dans cette nouvelle science de l’apprentissage ?

Comme l’explique Michel Fayol, professeur émérite en psychologie du développement :

Pour entraîner la mémoire de travail visuelle, de petits dispositifs (sur écran) obligent à mémoriser de plus en plus d'éléments. Et l'on constate aujourd'hui que l'amélioration des performances obtenues par ce genre d'exercice n'est pas seulement le fait d'un apprentissage, mais permet d'augmenter les capacités de mémoire de travail de manière transférable et généralisable[1].

L’écran devient donc un outil intéressant lorsque l’on souhaite améliorer sa mémoire visuelle et sa réactivité. Cette conclusion n’est pas sans lien avec les recherches sur la coordination entre mouvement et vision, comme l’exige l’utilisation d’une tablette tactile ou d’une réalité virtuelle. En effet, comme le démontrent les études menées au LPNC-Grenoble, le toucher et le mouvement sont primordiaux pour retenir l’attention et stimuler la mémoire à long terme.[2] Une technique initiée au début du XXe siècle par la pédagogue Maria Montessori, prônait déjà l’usage d’une méthode multisensorielle (incluant le corps et le toucher) dans les apprentissages fondamentaux… Par le biais de jeux interactifs et d’activités ludiques numériques, la cohésion entre les différents sens permet donc d’engendrer une grande concentration et active un apprentissage total.

Le E-Learning scénarisé réactualise les compétences

On dit souvent que « la répétition fait la leçon », à tort ou à raison ? Il est effectivement indispensable d’apprendre par la répétition certaines tâches qui nous servent ainsi à « automatiser » nos comportements et nos raisonnements. Cependant, tout ne se joue pas sur ce principe, explique le professeur Olivier Houdé :

Le cerveau doit aussi apprendre à raisonner par le schéma inverse : inhiber ses automatismes. […] L'inhibition est, en effet, une forme de contrôle attentionnel et comportemental qui permet de résister aux habitudes ou automatismes, aux tentations, distractions ou interférences, et de s'adapter aux situations complexes par la flexibilité. C'est un signe d'intelligence. Le défaut d'inhibition peut expliquer des difficultés d'apprentissage (erreurs, biais de raisonnement, etc.) et d'adaptation tant cognitive que sociale. [3]

Un type d’apprentissage par l’inhibition permet donc de s ’adapter constamment au contexte et par conséquent, de prendre des initiatives appropriées. En offrant des situations spécifiques et variées, le e-learning scénarisé permet aux apprenants de sortir des sentiers battus et d’analyser des comportements ou choix qu’ils n’auraient peut-être pas réalisés sur le terrain.

Les automatismes mettent à mal nos compétences en partie à cause du cycle de vie de nos connaissances, qui passe par la phase d’acquisition, la phase de développement, la phase de maturité et enfin la phase d’obsolescence. La neuropédagogie mobilise le réapprentissage pour lutter contre ces pertes mémorielles. C’est pourquoi elle a un rôle primordial au sein des entreprises, véritable catalyseur cérébral capable d’actualiser les compétences. À titre d’exemple, les hôpitaux universitaires de Strasbourg ont opté pour un réactivateur de connaissance grâce à l’outil de serious game Simsimple spécialement développé par Almédia. La routine est un danger qui guette les soignants. Quotidiennement, ces derniers réalisent des erreurs qu’ils ne perçoivent plus. Ces erreurs peuvent parfois engendrer de lourdes conséquences pour les patients. Le joueur entre en immersion dans une chambre d’hôpital classique où se cache un certain nombre d’erreurs que font régulièrement les soignants. À lui d’en débusquer le maximum pour réaliser le meilleur score. Ce type de formation numérique sous forme de rappel comporte plusieurs éléments neuropédagogiques. Il relativise la perception de l’erreur par le joueur-apprenant, personnalise le parcours pédagogique en fonction des besoins de l’apprenant, qui acquiert des connaissances dans un contexte scénarisé et immersif et donc applique des notions découvertes précédemment en jeu à une situation réelle.

Les principaux points de développement cognitif

Pour synthétiser, voici les différents points qu’il est possible d’améliorer grâce à la neuropédagogie selon le professeur en management et auteur américain Peter Senge :

  • La vision de l’objectif : avoir une vision commune des objectifs et des moyens pour les atteindre.
  • La maîtrise personnelle : développer une envie d’apprendre en permanence, en créant une véritable culture d’apprentissage.
  • Favoriser l’apprentissage en équipe : mettre en avant le dialogue entre les individus pour apprendre collectivement.
  • Favoriser l’esprit critique : ainsi que la capacité à remettre en question des schémas de pensée.
  • Avoir une pensée systémique : en appréhendant les problèmes d’apprentissage suite à des causes extérieures.
  • Le développement des compétences personnelles et professionnelles : mémoriser, mieux comprendre, être créatif, mieux raisonner, prendre de meilleures décisions, mieux communiquer, être flexible, etc.
  • L’organisation apprenante : s’organiser dans l’espace et dans le temps, l’intelligence collective, la transmission d’informations, etc.
  • Contrer la déclinaison cognitive en se reposant sur l’apprentissage : les facultés cognitives augmentent jusqu’à environ 25 ans puis se déclinent petit à petit. À ce titre, l’individu perd par exemple, sa vitesse dans le traitement de l’information, sa capacité à se concentrer…

Pour l’heure, la neuropédagogie prospère plutôt dans les laboratoires que dans les entreprises ou les écoles… Les développeurs doivent garder à l’esprit que la description la plus détaillée de l’activité cérébrale ne se confondra jamais avec l’expérience vécue par la personne. C’est pour cela qu’il est nécessaire d’investir du temps dans la mise en place de solutions qui s’inspirent du vécu. La recherche ne nous dit pas quoi faire, mais il est nécessaire de s’en inspirer pour rendre les technologies numériques toujours plus ludiques et pédagogiques.


Sources :

[1] Voir Adele Diamond et al., « Preschool program improves cognitive control », Science, vol. CCCXVIII, n° 5855, 30 novembre 2007, et Adele Diamond et Kathleen Lee, « Interventions shown to aid executive function development in children 4 to 12 years old », Science, vol. CCCXXXIII, n° 6045, 19 août 2011.

[2] Les travaux du LPNC sont consultables sur le site d’Édouard Gentaz : http://webu2.upmf-grenoble.fr/LPNC/LpncPerso/Permanents/EGentaz/web

[3] Houdé, Olivier. « À quoi sert la neuropédagogie ? », Les Grands Dossiers des Sciences Humaines, vol. 42, no. 3, 2016, pp. 15-15.

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